THÉÂTRE
Alice Blum
Soliloque 1 d’« ALICE BLUM », suite théâtrale de 8 soliloques
Qu’est-ce que tu lis en ce moment? Un livre. Des nouvelles de Maupassant. Tu vas au cinéma des fois? Assez peu. Et puis ma mère est malade maintenant, je vais la voir dans une maison de retraite, mais elle a quelque difficulté à se souvenir de moi, à me reconnaître. Je n’insiste pas, je l’entoure de mon affection. Quand elle mourra on vendra son appartement du boulevard du Jeu de Paume.

Pour ma mère c’est beaucoup plus grave, elle reste toute la journée dans le fauteuil, son regard tourné vers la vitre, mais je ne suis pas sûre qu’elle reconnaisse le jour. Quand j’entre elle m’écoute, elle me regarde, mais ça n’imprime pas, je veux dire qu’elle paraît totalement insensible, mais elle ne l’est pas, je vois bien qu’elle a remarqué ma présence, mais pour autant ça ne produit aucun effet visible. Je lui prend la main, elle ne se rebiffe pas, sa main est tiède, j’ai toujours eu là aussi l’impression que la vie la quittait doucement, mais.combien de temps nous allons endurer cette péripétie? Ma mère, enfermée dans sa chambre, on l’amène au jardin, elle ne reconnaît ni les fleurs ni ses infirmières, j’ai cherché en elle ce que je pouvais trouver de vivant. Son regard? Elle a les yeux ouverts, mais finalement elle ne voit pas, je me suis parfois demandée si c’était volontaire de sa part, peut-être qu’ayant trop vécu elle s’est mise à se retirer dans une absence de mémoire, dans une quasi absence de respiration, ou bien au contraire ma mère veut-elle vivre encore, et elle n’arrive pas à le manifester?
« Maman, comment te sens-tu aujourd’hui? Tu me reconnais? »
Et ma mère bougeait vaguement ses doigts, comme si elle avait déplié un bonbon, ou tenu un chapelet dans ses doigts, mais sans objet, sans rien, elle remuait ses doigts, j’ai voulu prendre sa main, pour lui faire sentir ma présence, et elle avait à peine soupiré comme s’il faisait trop chaud dans la pièce, ou comme si elle avait faim peut-être. Alors je lui ai demandé …
« Qu’est-ce que tu as mangé à midi? C’était bon? »
Et là il a semblé que j’avais posé une question monstrueuse ou gigantesque, j’entendais encore résonner ma phrase, et ma mère me regardait avec un air ahuri, ou incompréhensible, comme si peut-être elle m’avait entendue, mais elle n’avait rien compris. J’ai eu la sensation d’avoir voulu soulever un immense couvercle, comme si j’interrogeais le ciel, ou un mystère.
« Qu’est-ce que tu as mangé aujourd’hui? C’était bon? »
J’ai eu l’impression que les mots que j’employais n’avaient plus d’usage, ne servaient à rien, comme si le langage n’avait plus cours. J’ai voulu embrasser maman, puis j’ai pensé que cela allait l’alerter, ou l’indisposer, je me suis détournée, j’aurais pu pleurer, puis je me suis levée d’un air décidé et j’ai dit …
« Je pars, je reviendrai te voir. »
Je crois que j’ai ajouté …
« Maman. »
Mais je n’en suis pas sûre, je me suis senti tellement incertaine, en passant devant les hôtesses d’accueil je crois que je devais avoir le visage tout bouleversé, elle m’ont souri, j’ai essayé un sourire, puis je descend ces marches qui nous amènent dans le petit jardin, je me sentais étrangère, de nulle part, j’ai eu l’impression que la vie autour de moi n’était plus exactement pour moi, parce que je me préparais à la mort de ma mère?
Depuis quand ma mère ne savait plus exactement le nombre de ses enfants? Quand je la regarde à la maison de retraite, de façon attentionnée, en pensant que l’un de ses jours ma mère sera morte, et que son corps, qui est là si chaud, si vivant à sa manière, ne sera plus irrigué par le sang, ses yeux seront définitivement fermés, sa peau finira par être rongée par des parasites, tout grouillera dans ce corps qui était si délicat et si gentil. Ma mère a toujours pris soin de sa beauté, de sa propreté, elle était soucieuse de son élégance, et de l’image aérienne qu’elle donnait d’elle, elle se voulait discrète mais attentionnée, active mais songeuse aussi, une gaie personne et aussi une profonde conscience, ma mère a toujours cherché à être digne et pensive, et aussi généreuse, elle nous accompagnait avec fierté, avec un vrai souci de notre avenir, elle voulait pour nous les plus belles choses, elle aurait presque donné sa vie pour nous, elle a donné, beaucoup donné, et maintenant je la vois avec ses doigts malhabiles et toujours tremblants, on dirait qu’elle déplie en permanence un bonbon, ou qu’elle froisse les ailes d’un papillon, et ses pieds ne reposent jamais à plat sur le sol quand elle est assise, elle se tord les pieds, elle a dans les paupières des mouvements furtifs qui semblent signifier que le froid est vif ou que la chaleur est insupportable, mais on ne sait pas, le corps de ma mère est en train de se disloquer, et ses pensées sont inexistantes, puisqu’elle ne parvient plus à rassembler deux mots, et même deux syllabes d’un même mot. Ce qui sortait de sa bouche était murmuré, ou sali par toute cette salive qu’elle ne peut contenir, c’est comme si toutes les régulations de son corps s’étaient mises en désordre, un peu comme un paquebot dont aucune des machines ne répond aux ordres d’un capitaine, c’est comme si à l’intérieur de ma mère il n’y avait plus aucun commandement, et aucun appareil de contrôle fiable.
Si j’avais trouvé un bar, une boîte encore ouverte, du côté de la préfecture peut-être, j’aurais pu y rencontrer Yvan, ou Dimitri. Demain je travaillais à 9 heures, rien d’essentiel, je nettoie les cadres, on prépare une nouvelle exposition, pour la Noël. J’ai le coeur à l’ouvrage, je tente de me hausser à la hauteur de ces oeuvres d’art. J’habite pour ainsi dire dans un vrai palais, puisque le musée Fabre est une ancienne demeure prestigieuse, un hôtel particulier.
Quelle sorte de paysages je préférais? Quelles étaient les peintures qui avaient mes préférences? J’aime tout, du moment que je suis assise ou debout devant un tableau et que je peux le contempler des heures.
Les petits formats, les grands formats. Il y a des tableaux qui font facilement dix mètres de long, cinq à six mètres de hauteur, pour les reconstitutions historiques, les batailles, les couronnements. J’aimais les portraits, les visages, les paysages.
Pour ce qui est du contemporain je préfère le figuratif, à quelques exceptions près, des paysages urbains sublimes, ou de grands déserts, mais j’aime bien aussi le paysage mental, je veux dire, le paysage qui te fait entrer dans l’âme du peintre, dans un de ses souvenirs ou dans un de ses imaginaires. Un peu comme ici, la nuit, des lueurs, les ombres des feuillages, un banc esseulé qui ne veut rien dire en soi, comme s’il attendait quelqu’un ou personne. Peu importe. Un paysage, qu’on appellerait un « nocturne », une image obsédante.

Et j’y suis dedans. Je me balade dans ce paysage. Comme une silhouette dans un tableau, qui changerait de place, ou serait représentée en plusieurs endroits comme simultanément. Un peu comme une photo trafiquée, où l’on aurait représenté Alice dans plusieurs silhouettes possibles. Là près de la mare, elle se penche comme pour regarder l’eau nocturne, pour se voir dans ce miroir noir. Là-bas, elle était en train de fumer cette cigarette qui maintenant est réduite en mégot par terre, ou bien Alice prend soin de ranger ses mégots dans une boîte qu’elle a toujours dans son sac, pour éviter de jeter la saleté sur le sol. Une autre Alice a essayé de lire, je la vois assise sur le banc, mais les caractères du livre ne sont pas nettement lisibles. Et puis Maupassant peut-être lui paraît trop dix-neuvième, pas assez trépidant, ou bien au contraire elle l’aime bien, mais à petites doses.
Là-bas, Alice aurait rencontré quelqu’un, ou bien c’est un arbre, le tronc d’un arbre contre lequel elle s’est adossée.
Au musée Fabre on me connaît, on me dit rêveuse. Je parais distraite, il m’arrive de m’immobiliser dans une des salles, et de me sentir entourée de tous les tableaux, comme si tous veillaient sur moi, ou me regardaient, je veux dire que j’oublie difficilement que je suis dans un musée d’art, et toutes ces oeuvres m’impressionnent, il y a là dans le musée un condensé d’imaginaire et d’expérience humaine. On a deux ou trois Van Gogh, des Watteau du dix-huitième, quelques Fragonard, puis Matisse, Monet, Magritte.
Je me sentais petite, toute petite, j’étais frêle, impressionnée, le directeur du musée est venue me voir, il m’a demandé si tout allait bien, s’il y avait quelque chose qui n’allait pas.
Et il semblait soucieux d’avoir mon avis , comme si j’étais une personne importante.
Comme je ne lui répondais pas, il s’est soucié davantage de moi et de ma présence là, il me déclare …
« Tout va bien? Je vous ai aperçue, je viens prendre des nouvelles. »
Et je ne savais pas encore, je n’arrivais pas à distinguer si le directeur du musée Fabre venait personnellement s’enquérir de ma santé, de mes états d’âme pour ainsi dire, ou s’il avait eu le souci de savoir exactement ce que je pensais de l’exposition qu’on préparait, si tel tableau allait bien là en présence de cet autre, si les couleurs de celui-ci n’obturaient pas malencontreusement le gris subtil de celui-là.
On passe des heures des fois à changer les tableaux de place, on a bien essayé déjà sur l’ordinateur pour ce qui est de l’emplacement à leur réserver, mais dans le direct, en réalité, nous avions des rapprochements heureux ou malheureux.
Gilles m’avait surprise là, il s’approchait de moi, me disait …
« Bonjour Alice, quelque chose qui ne va pas? ».
Et d’un regard vif et impressionné il avait ajouté …
« Déjà. Toute cette installation. Vous ne chômez pas. Que puis-je pour vous? Je vous aide? »
Et Gilles était un directeur de musée sympa, il savait faire le tri entre nos petits problèmes personnels et nos disputes parfois violentes à propos de l’exposition.
Il s’est assis à côté de moi, nous regardions l’ensemble des paysages et des portraits.
Et dans ce rêve que j’ai eu, juste avant de me lever pour venir ici, le moment était tragique, fallacieux, je n’arrivais pas à me souvenir du thème que nous avions choisie pour la grande exposition de Noël. Etait-ce la lumière? La neige? L’attente d’une bonne nouvelle?
Tous les tableaux déjà accrochés me semblaient représenter un pur hasard, il n’y avait rien qui les rassemble. Un sujet religieux, la crèche? Ou au contraire un sujet profane, la misère dans le monde au vingt et unième siècle vue par nos peintres les plus figuratifs?
Dans la salle d’exposition la lumière est blafarde, il y a une odeur de rance ou d’enfermé, les pas du personnel de manutention résonnent comme si le sol était sonorisé, cela fait plouc, ploc, tout l’ensemble du bâtiment me paraît trembler, Gilles me saisit par le bras, me retourne un peu vers lui et me dit …
« Alice, qu’est-ce qui ne va pas? »
Et je suis totalement incapable de lui dire quoi que ce soit.
Je vais bien, je me réjouis de la préparation de cette exposition pour Noël, j’aime bien ce travail, dans ma vie personnelle il n’y a rien de changé apparemment, je suis avec Max, ma mère est en maison de retraite mais elle ne semble pas souffrir, toute ma famille est occupée, nous nous voyons quelquefois, nous avions pensé partir à la neige avec Max pour la Noël.
Puis Gilles se levait, je le suivais. Il se dirigeait vers l’un des tableaux, et là de ses doigts délicats il semblait frotter le cadre, le tâter doucement à un certain endroit. Puis il se retournait vers moi et me disait …
« Alice, il faudra faire attention, je ne veux pas que dans ces déplacements nos cadres souffrent de vos gestes trop violents, vous avez heurté celui-là dans un encadrement de porte, au passage dans l’ascenseur. »
Et je m’écroulais en sanglots devant Gilles.
« Non, Gilles, n’abusez pas de ma gentillesse. »
Et je m’enfuis, je cède la place, tous me regardent partir, je sors du musée Fabre, je me retrouve sur l’Esplanade, je souffre, je me sens dépossédée de toute ma bonne volonté, c’est comme si j’avais été surprise en flagrant délit de meurtre, ou d’assassinat, j’ai osé érafler le cadre d’un tableau dans mes déménagements suspects.
Je découvre que même au musée on a pu réveiller en moi ce sentiment de culpabilité.
On me soupçonne d’être distraite, ou malveillante à l’égard des oeuvres. Je suis prête à aller m’expliquer, je voudrais savoir si c’est le seul cadre qui paraît éraflé. Gilles, dans sa grandeur d’âme, est venu me retrouver sur l’Esplanade.
« Je n’ai pas voulu dire, dit-il, peut-être cette éraflure est très ancienne. »
Trop tard, je suis affligée, je n’arrive pas à me faire accepter.
Et j’aurais voulu savoir à quoi exactement je rêvais, dans quoi j’étais plongée quand j’avais ma vie de dormeuse. Et la différence n’était pas tout à fait absolue entre ma vie ordinaire, réelle, et tout ce cinéma qui se trimbalait dans ma tête alors que je dormais. J’y reconnais Alice parfois, c’est souvent moi qui suis inquiète ou embarrassée, je peux reconnaître aussi Yvan, ou bien Dimitri, ou tel ou tel tableau du musée Fabre, mais les choses cependant sont transformées, il y a sans doute plus de violence, beaucoup plus de violence, des verres se brisent réellement dans mes rêves avec de grands fracas, et aussi des tableaux qu’on a suspendus soigneusement sur les murs du musée s’écroulent soudainement et sont brisés par terre, et sont déchirés, même Max qui est le plus souvent calme dans mes cauchemars apparaît soudain hurlant du haut de l’escalier comme si j’avais oublié le pain ou du tabac pour sa consommation personnelle, Yvan aussi, le bel Yvan, mon frère, y paraît décharné, anxieux, il a peut-être attrapé le sida, il est parfois poursuivi par des hordes de gamins qui veulent lui faire la peau, je crie, je me débats, je demandai du secours, et simultanément en moi souvent quelque chose se passe qui est ceci. Je ne crois pas que je vais être entendue, il me semble que j’explique des choses pour rien, comme si mes paroles ou les expressions de mon visage ne suffisaient pas à rendre les gens conscients de ce qui va arriver, de ce qui nous menace, et la maison s’écroulait, ou bien la voiture était cognée par un semi-remorque et nous prenions tous feu. Ma mère de son fauteuil essayait de bouger le bras pour attraper un verre, tout le fauteuil basculait à terre, et des nuits entières ma mère restait seule dans ce mouroir, on avait renoncé à m’appeler, sur mon répondeur j’avais bêtement indiqué que je serais absente quelques jours, comme ça , sans raison, peut-être pour voir si mes amis se seraient inquiétés.
Je suis un peu dépassée par la vie que je mène, je ne comprends pas tout de moi, ce que je sais, c’est qu’il me faut parfois être seule pour respirer à mon rythme, pour retrouver une certaine familiarité avec moi, et puis de ce fait la solitude me pèse aussi bien, je m’inquiète de ce que je me sens devenir, et je cherchai de la compagnie.
C’est bien Maupassant qui est mort fou?
Je n’irai sans doute pas jusque-là, parce qu’en moi, alors que nous venions d’Ukraine, il y a des souches paysannes, des racines terriennes, je ne suis pas totalement infestée par l’urbanisation, et j’aimais la verdure des squares, les parcs publics, les petits bois entre les immeubles résidentiels. Parce que je cherchais mon frère? Parce que je savais qu’il rôdait souvent la nuit en quête de beaux garçons?
La nuit dernière, enfin quoi, cette nuit, quand je me suis éveillée brutalement, j’ai souvenir d’un certain Dimitri déguisé en ours qui montait dans un arbre à l’aide de ses pattes griffues, alors qu’en haut de l’arbre mon frère Yvan s’était réfugié, et l’ours montait inexorablement, l’animal avait la langue pendante, parfois il crachotait comme s’il avait voulu parler, et Yvan de là-haut lui lançait des insultes, des pierres, ou des poignées de feuillages. Et l’ours grimpait, je revois encore ses pattes acharnées contre le tronc de l’arbre, et puis il était parvenu jusqu’au orteils d’Yvan, et il les bouffait. Il avait commencé à manger Yvan par les jambes.
Je me réveille en sursaut, je ne comprends pas ce rêve.
Je ne comprends pas comment Yvan a pu monter si haut alors qu’il n’est ni sportif ni agile précisément.
Dimitri lui-même en ours, en bête sauvage, et comment j’étais présente, comment je voyais cette scène, en quel endroit de la scène je me situais?
Je ne parviens pas à me souvenir. Il y a des scènes dont on est absent, on est peut-être assis dans un fauteuil comme au cinéma, ou bien on soupçonne la scène, on la devine, mais tout se passe sans qu’on y soit présent, et puis là j’aurais pu être sous l’arbre, j’aurais pu appeler en vain l’ours ou bien mon frère. Je m’effraie, je cherche du secours autour de moi, la forêt est immense, comme toujours, que je sois déguisée en adulte ou bien en petite fille, tout comme en vieille personne, il me semble que les dangers sont inhérents à ma présence, ils surgissent dès que je suis là, comme si j’étais moi-même productrice de dangers et de menaces, comme si j’étais finalement une menace pour moi-même, mais en quoi?
Finalement dans la vie éveillée j’étais paisible, je me mets très rarement en colère, alors pourquoi? Pourquoi j’ai des rêves si agités?
Quelque chose en moi, que je ne connais pas, que je soupçonne à peine, travaille en moi, et mène sa vie sans que je lui aie rien demandé, j’ai mis du temps même à savoir qu’en moi il y avait une vie qui me resterait finalement pour la plupart étrangère.
« Alice Blum ». C’était commode, ça donnait un petit air de référence, comme on appelle une musique un “scherzo” ou bien une “valse”, mais finalement ça n’est qu’une indication.
Valse n°3, valse des adieux.
Mais finalement on est composé de toutes sortes de musiques qui se télescopent à la faveur de la nuit, comme si dans le jour on mettait le bordel en veilleuse, on se tenait droite et engagée dans une certaine direction.
« Alice Blum ». Non pas la nièce du leader socialiste, ou bien son arrière-petite-nièce. Simplement j’avais dit Blum, comme j’aurais pu dire « Bloom ». B. L. O. O. M.
C’est ça, je m’amuse.