Alice Blum (2015)
Suite théâtrale de 8 soliloques
Alice Blum, la cinquantaine
Max me dit que sur l’Esplanade la nuit je peux faire de mauvaises rencontres, je sais, je vois bien que je suis à la merci d’une brute ou d’un fou, mais je voulais sortir, voir en nocturne, m’imprégner de toutes ces choses, les lieux sont quasi vides, j’aimais ressentir que l’Esplanade de nuit n’avait plus rien à voir avec celle de jour, c’était devenu un terrain presque sauvage, ou abandonné, un lieu magique aussi où je pouvais me croire dans une ville étrangère, à Londres, ou bien à Moscou, pour un temps j’oubliais en quelle époque précisément je vivais, du moins je me sentais détachée de mes habitudes, qui j’étais là? Alice Blum? Oui, bien sûr, pourquoi l’aurais-je nié? Mais j’étais aussi quelconque, anonyme, une femme n’importe comment, je pouvais me croire libre, exposée à n’importe quelle aventure.
Tu cherches quoi exactement? Rien de précis. Tu cherches un homme? Non, pas vraiment. Je viens passer un moment. Puis j’irai me rendormir.
Extrait de ALICE BLUM – Soliloque 1 d’Alice Blum

Suite 36 (2016)
Suite théâtrale de 8 soliloques
Germain Larrieu, la trentaine ou la quarantaine
C’était rédigé sur un vulgaire bristol qu’on avait glissé dans ma boîte aux lettres.
« Ne t’en fais pas, on aura ta peau. Rendez-vous à l’heure habituelle, Suite 36, Hôtel Métropole. »
Ce n’était pas la première fois que je recevais des avertissements, des menaces, par mail, ou sur mon téléphone portable, je me savais suivi.
Je n’allais pas pour autant changer mes habitudes, la « Suite 36 » pour moi c’était mon lieu de rendez-vous, un havre de paix où je recevais mes amis, mes amants, je n’allais pas me laisser intimider par quelque mécréant, qui voulait me faire chanter, ou bien me surprendre là dans une de mes activités favorites, l’amour, l’amitié, le simple plaisir de me retrouver en présence d’un beau gosse.
Extrait de SUITE 36 – Soliloque 1 de Germain Larrieu

Boulevard du Jeu-de-Paume, Montpellier
Suite 36
Soliloque 1
La tournure que prendraient les événements
Soliloque 2
DU TEMPS A TUER
Soliloque 4
Du genre flottant
Soliloque 5
Besoin de quelques éclaircissements
Soliloque 7
YANN ET JULIEN (2019)
Suite théâtrale de 8 pièces
YANN, adolescent
JULIEN, jeune homme
JULIEN
« Bonjour, Armand, excuse-moi de te déranger.
Mon ami, Yann, est avec moi, nous sommes dans le séjour, nous n’arrivons pas à dormir
Veux-tu venir nous distraire, pour qu’on s’amuse ensemble?
Yann est un jeune adolescent que j’héberge chez moi, de nature il est plutôt amateur de littérature, mais il n’empêche qu’il est sensible aux plaisirs des sens, au sexe, à l’érotisme…
Peut-être même vas-tu l’impressionner, et il demandera à te revoir …
Cela ne me gêne pas.
Actuellement moi et Yann nous sommes en dérive.
Nous avons perdu le goût l’un pour l’autre, cette attraction réciproque qui nous unissait.
Nous avons besoin d’une tierce personne pour nous dégager de ce fatras.
Viens-tu? Quand? … »
YANN
Tu as envoyé le message?
JULIEN
Oui.
J’attends la réponse.
Extrait de YANN ET JULIEN – NOTRE COMPLICITE, pièce 3

Notre complicité
Pièce 3 intégrale
BABEL, ET ALORS … (2019)
Suite théâtrale de 8 pièces
EMMANUEL, la trentaine
PASCAL, la quarantaine
LAURENCE, la trentaine
FRANÇOIS, la trentaine
PASCAL
Cette Cour d’Honneur du Palais des Papes était devenu un four à pain, un four à griller le pain.
Et tout le public tenait tête, voulait faire croire qu’il s’amusait bien, alors qu’il n’était diverti par rien, et qu’il ne pensait qu’à se sortir de la mauvaise affaire.
Mais tu connais le public, il est respectueux, il a payé sa place, il prétend encore se cultiver à l’un des arts les plus anciens de l’Humanité.
La représentation en direct.
Il n’y a plus de grands acteurs.
Ils ont besoin de sonorisation, de vidéo, le théâtre est devenu un fourre-tout, un foutoir.
On y danse, on y chante, on projette des séquences filmées, il y a des caméras qui filment en instantané l’évolution des personnages et qui les transmettent sur grand écran, des fois en gros plan.
Plus personne sur scène, ou presque, ne sait parler en direct, dans un langage purement théâtral.
Il n’y a plus de littérature théâtrale.
Nous en sommes à ce point où nous voulons qu’une pièce de théâtre puisse tourner dans toute l’Europe et même dans le monde entier sans traduction, en langue originale, et dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes il y a donc des représentations théâtrales où l’on te transmet la langue étrangère de ces représentations avec une version sous-titrée en français.
Tu es en France, et on te parle belge, ou chinois, ou brésilien.
Et tu dois lire au bas de la scène, ou en haut de la scène, la traduction que l’on t’a préparée dans ta langue française.
Tu n’es plus chez toi. Tu fais partie du théâtre mondialiste.
Du coup tu ne peux pas ressentir ce plaisir phénoménal qui consiste à entendre à quelques mètres de toi en direct la voix réelle des personnages dans la langue que tu comprends le mieux et qui est le français, pour nous, pour nous quatre.
Extrait de BABEL, ET ALORS … – COSMOPOLITISME, pièce 3

Palais des Papes, Avignon
Cosmopolitisme
Pièce 3 intégrale
LE BELVEDERE (2016)
Suite théâtrale de 8 pièces
MORGAN, jeune homme
ROMEO, jeune homme
ROMEO
Il y a la terrasse du Belvédère, deux hommes sont étendus sur des transats. A proximité de là il y a le fleuve et les jardins. Tout l’ensemble de l’hôtel semble reposer dans une espèce de tranquillité étrange. Comme si le Belvédère, cet après-midi-là, avait été déserté par l’ensemble de la clientèle.
Sur la terrasse, il y a Roméo, c’est moi, parfois on dit que je suis métis, parce que mon prénom est d’origine italienne, et puis Morgan, qui est purement français apparemment.
Les deux hommes ont quelquefois entre eux deux des mouvements tendres, des sortes de caresses, ou de contacts.
Puis Morgan s’est mis à lire, Morgan semble absorbé par sa lecture, et moi je n’ai pas de livre, je pourrais allumer une cigarette, mais je ne le fais pas.
Je songeais. Je savais qu’à l’étage il y avait cette chambre qui nous était réservée, à moi, Roméo, et à lui, Morgan, et à l’un ou l’autre de nos visiteurs.
Ce soir, tu préfères que j’invite Fred, le groom de l’hôtel, ou bien mon petit-frère, Vincenso?
Tu veux que j’en parle à Roland, le patron de l’Hôtel du Belvédère?
MORGAN
Invite-les tous, j’ai besoin de savoir, et de voir.
Extrait de LE BELVEDERE – LE RAPPORT A L’AUTRE, pièce 8

LE RAPPORT A L’AUTRE
Pièce 8 intégrale
LE DYNAMITE (2018)
SUITE THÉATRALE DE 8 PIECES
CHARLES SEGURA, la quarantaine.
FABRICE COSTAZ, la quarantaine.
XAVIER MARCHAL, la trentaine, « beau gosse ».
ARIANE ANGOT, « jolie fille ».
XAVIER
Je me ressens innocent.
Et je n’ai pas besoin de ta permission pour m’affranchir, quand je veux, et pas seulement quand je suis en état d’ivresse.
Je n’ai rien à me reprocher.
Je n’ai pas en moi, inné, ou le résultat d’une éducation intempestive, le sentiment de culpabilité.
Je n’appartiens à aucune religion, et je ne suis pas franc-maçon.
Je n’appartiens à aucune chapelle. Je suis un individu normal, dans une société moderne.
Je ne pense pas à tous moments à la nation, à la patrie, ou à la république.
Je consomme ce que j’ai à consommer, les femmes comme les hommes, je voyage, j’aime prendre l’apéritif avec des copains, je suis même curieux des autres pays civilisés dans le monde, et je considère que lorsque je mourrai ce ne sera pas un drame.
J’aurai fait mon temps.
Je demande uniquement que l’on me laisse mourir en paix, j’ai déjà prévu des produits chimiques spéciaux au cas où je voudrais me suicider pour abréger mes souffrances.
Je fais exprès de parler de me « suicider », je n’aime pas trop ces euphémismes qui consistent à parler d’euthanasie ou de processus palliatifs.
Quand je veux mourir, je le décide moi-même, que je sois ou non en bonne ou mauvaise santé.
Regarde, j’ai ça là, autour de mon cou. Tu prends deux ou trois dragées de la sorte, et tu tombes raide mort dans les secondes qui s’ensuivent. Tu n’as pas le temps de dire « adieu ».
Extrait de LE DYNAMITE – SUJETS TABOUS, pièce 6

CHARLES SEGURA



RACISME, HOMOPHOBIE, SEXISME, TERRORISME …
Pièce 5 intégrale
LES JEUNES GENS (2018)
SUITE THÉATRALE DE 8 PIECES
JIM, jeune homme
PETER, jeune homme
SOPHIA, jeune fille
ANDY, jeune homme

JIM
Max, le patron, m’a dit.
« Il y a des alcôves à côté des bureaux, des sortes de chambres où vous pourrez dormir entre deux prestations sur l’écran. Ce n’est pas très confortable. La plupart des lits sont à une place. »
SOPHIA
J’aimais bien par terre aussi.
Avec le plombier, ou avec le gars de l’armée du salut.
Dès que ce genre de personnage entre je me sens en émoi.
C’est pour ça, comme je t’ai dit, je ne me masturbe pas souvent, parce que j’ai toujours quelqu’un à disposition.
PETER
Tu veux des enfants?
SOPHIA
Non, je t’ai déjà dit. Je veux faire une carrière, et je ne veux pas subir des efforts pour être à la fois une journaliste renommée et une mère admirable.
Je ne suis pas comme Ruth, Ruth Elkrief … En voilà une qui se targue d’être une excellente journaliste et une excellente mère, je n’aime pas ce genre de modèle, c’est trop soft, c’est trop propre. Et puis Ruth est partiale, elle n’aime pas le président Macron, parce qu’il n’a jamais accepté d’être interviewé par elle, et j’aime ça. Macron résiste aux médias, à la pression des journalistes, il ne veut pas d’une démocratie d’opinion, où les médias avec les agences de sondage font la pluie et le beau temps.
Les Français sont tourneboulés actuellement, tout le monde dit du mal du président Macron pour avoir de l’audimat, c’est à la mode de dénigrer, je n’aime pas ça, Macron est élu, eh bien … Elu par cinquante et un pour cent des Français votants, eh bien … Qu’on le laisse tranquille, il gouverne, il préside comme il veut durant les cinq ans du quinquennat, ensuite on lui demande des comptes, on peut très bien ne pas le réélire, mais pour l’instant qu’on le laisse tranquille, je n’aime pas tous ces procès qu’on fait sur les écrans de télévision, personne n’est à l’abri maintenant d’un soupçon, d’un jugement, d’une condamnation, nous sommes devenus une démocratie judiciaire, une démocratie d’opinion, les humeurs des gens comptent bien plus que leur vote, je ne suis pas d’accord. Je n’ai pas à aller voter tous les jours dans le premier des instituts de sondage que je rencontre, je ne dois pas tous les jours m’exprimer sur le degré de température que nous avons dans l’atmosphère, ou sur ce que je pense à propose de la mort de clandestins, ou comment je juge une fois encore le comportement de Gérard Depardieu, s’il a eu un coup de sang, je n’en sais rien, la fille est bien venue chez lui, elle s’attendait à rencontrer une religieuse, un médecin de l’âme? Gérard est un cochon, il assume ses pulsions, cela ne l’empêche pas d’être un poète, et un grand comédien.
Extrait de LES JEUNES GENS – LES JEUNES GENS, pièce 1
UN SENTIMENT DE DANGER OU D’ERRANCE
Pièce 7 intégrale